Evil Dead Rise : critique d'un nouveau délire gore (2024)

Films

Par Mathieu Jaborska

18 avril 2023

MAJ : 10 mai 2023

20 commentaires

Partager

Dix ans presque tout pile après le g(l)orieux remake Evil Dead, etcinqans après l’annulation scandaleuse de la série Ash vs Evil Dead, la sagaEvil Dead est de retour au cinéma, avecSam RaimietBruce Campbellaux postes de producteurs exécutifs et le prometteurLee Cronin(The Hole in the Ground) derrière la caméra.Evil Dead Risepromet ni plus ni moins qu’un bain de sang urbain bien poisseux. Et comment résister à l’envie de plonger dedans la tête la première ?

Evil Dead Rise : critique d'un nouveau délire gore (4)

Enterrer le ash de guerre

Se lancer dans la production d’un nouveau Evil Dead, c’est faire face à un sacré casse-tête. Miraculeusem*nt, toutes les approches possibles ont été expérimentées avec brio. La trilogie originale naviguait de l’horreur hyper-fauchée au burlesque pur et se risquait déjà à quitter les bois, le temps d’une escapade au moyen-âge mémorable. L’excellent remake (oui, ça existe) deFede Alvarezavait pris le monde de court en s’assurant de ne pas empiéter sur les plates bandes comiques de Sam Raimi, avec à la clé une orgie gore dont la beauté apocalyptique a depuis rarement été égalée. Quant à la non moins excellente série, elle jouait très habilement la carte de la nostalgie et retrouvait la frénésie d’Evil Dead 2 et 3.

Difficile pour Lee Cronin de trouver sa place dans la saga, les deadites et leurs délicieuses atrocités ayant été cuisinés à toutes les sauces (et surtout à la sauce tomate). Le cinéaste s’incline :Evil Dead Riserevient volontiers à l’ambiance poisseuse du remake et réitère sa promesse, à savoir un pur film d’horreur en huis clos déversant des hectolitres d’hémoglobine sur son spectateur. Toutefois, il emprunte un peu plus franchement à Sam Raimi son écriture hyperactive, quitte à parfois virer très succinctement au slapstick qui a fait la légende d’Evil Dead 2.

Jésus 3 le maudit

Face au lourd héritage avec lequel il doit composer, le réalisateur choisit la voie de la modestie. Et c’est tout à son honneur. Le film n’a pas pour ambition de détourner ou réinventer la mythologie délirante inventée par son producteur, mais de piocher beaucoup dans le remake, un peu dans la trilogie afin d’assembler sa propre montagne russe gore. Une fois le train engagé dans la descente, avec la bénédiction d’un caméo audio de Bruce Campbell, le rythme faiblit rarement et les inconditionnels seront ravis de constater qu’une bonne partie des instruments de cuisine (dont une rape à fromage !) sont mis à contribution.

Le metteur en scène reste dans le giron d’Alvarez, s’adjoint les services d’un des chefs-opérateurs attitrés d’Ash vs Evil Dead, et étale sa charcuterie sur les murs. Forcément, ce carnage fait parfois pâle figure à côté de celui de 2013. L’Uruguayen usait avec parcimonie des CGI, quand son successeur, avide de multiplier les gros plans graphiques, exhibe parfois malgré lui l’artificialité de ses effets (dans la scène des ciseaux par exemple).

Avez-vous une minute pour parler de notre sauveur Sam Raimi ?

Rise est moins viscéral, moins méchant, moins vicieux, moins beau, moins épique, moins tout, mais n’en demeure pas moins un bel assortiment de tripailles diverses. À l’instar de son climax, qui échoue à recapturer les dernières minutes de son modèle, mais fait tout de même preuve d’une générosité foutrement jouissive. Pour peu qu’on accepte l’humilité du cinéaste, difficile de bouder son plaisir face à tant d’éclaboussures cramoisies, d’autant que la mise en scène est à l’avenant, ponctuée d’audaces bien senties (l’usage des demi-bonnettes).

Flou gorien

Quand on arrive en ville

La seule originalité, c’est donc la délocalisation en ville. Comme Ghostface, le livre des morts (qui a pour l’occasion fusionné avec le manuel vorace d’Harry Potter 3) s’adapte à l’environnement urbain. Mais contrairement à Scream VI,Evil Dead Risese limite à une seule unité de lieu (une vieille tour résidentielle) et une seule unité de temps (une nuit). C’est à l’occasion d’un tremblement de terre que le jeune Caleb tombe sur des reliques oubliées et par conséquent met en danger sa petite famille. La recette date de 1981 et ne vieillit pas, même si sa transposition dans un immeuble parait un poil mécanique. L’exposition agite maladroitement ses fusils de Tchekov pendant un bon quart d’heure.

Car le film est très efficace quand il prolonge le massacre du remake (une scène d’introduction insérée au forceps se charge de faire le lien), amusant quand il rend hommage à l’oeuvre de Raimi, mais il montre ses faiblesses au moment de faire exister ses personnages. Pour la plupart, ils sont caractérisés au doigt mouillé selon les intérêts de la jeunesse actuelle ou, tout du moins, l’idée que s’en fait le scénariste (l’ado détient une collection de vinyle qui ferait pâlir Jeff Mills de jalousie).

La jeuneNell Fisher

Bien plus malin qu’il n’y paraissait à l’époque, le scénario d’Alvarez et de son compère Rodo Sayagues utilisait le sevrage de son héroïne comme carcan narratif, offrant à la fois des prémisses idéales et une structure ambitieuse, puisque Mia faisait littéralement un aller-retour en enfer. À la place, Cronin s’intéresse aux premières semaines de la grossesse du protagoniste campé parLily Sullivan. Forcée de protéger la petite famille d’une mère devenue monstrueuse, elle subit une formation express à la maternité.

Une idée intéressante, largement mise en avant lors de la promotion, mais finalement assez mal utilisée. Non seulement les enjeux empêchent le récit de virer au pur sadisme, mais le cheminement psychologique de Beth épouse presque un arc de rédemption dans la grande tradition hollywoodienne, voire un soupçon de moraline américaine. Un travers auquel la saga avait jusqu’ici à peu près réussi à échapper, et qui prouve une fois de plus la difficulté de la tâche plutôt qu’une affiliation à la petite vague de reboot réac’ du moment (oui on pense à Massacre à la Tronçonneuse version Netflix).

En effet, Evil Dead Rise pèche au pire par sa sincérité et c’est en écrivant à son sujet qu’on réalise que son plus grand défaut est de sortir 10 ans après un film d’horreur auquel il sera obligatoirement comparé. Sans ce spectre, ses défauts masqueraient à peine la sympathie qui s’en dégage. Toujours groovy, quoi.

Rédacteurs :

Mathieu Jaborska

Résumé

Beaucoup moins bien écrit et un poil plus artificiel, Evil Dead Rise souffre de la comparaison avec le remake, mais n'en reste pas moins un tour de montagne russe gore hautement recommandable à qui aime la charcuterie fraiche.

Autres avis

  • Moins radical, moins malin, moins beau, moins fou : Evil Dead Rise est peut-être bon au rayon charcuterie de grande surface, mais c'est un mauvais Evil Dead, qui tombe dans quasiment tous les pièges évités par le remake. Et ainsi, Evil Dead devint un presque banal film d'horreur.

Tout savoir sur Evil Dead Rise

  • Evil Dead : une actrice de la franchise pourrait bien revenir pour le prochain film d'horreur
  • Evil Dead : un nouveau film se prépare, avec un réalisateur français très prometteur
  • Horreur

Partager

  • Sur Twitter
  • Sur Facebook
  • Commenter
Suivez-nous sur Evil Dead Rise : critique d'un nouveau délire gore (13)

Evil Dead Rise : critique d'un nouveau délire gore (14) Newsletter

Recevez chaque jour les news, critiques et dossiers essentiels d'Écran Large.

Evil Dead Rise : critique d'un nouveau délire gore (15) Vous n'êtes pas d'accord avec nous ? Raison de plus pour vous abonner !

Soutenir la liberté critique

Vous aimerez aussi

25 Alien : Romulus - on a vu 20 minutes du film de Fede Alvarez et ça promet du sang
7 réalisateurs qui n'existeraient pas sans YouTube (La Planète des singes, Alien : Romulus...)
6 Evil Dead : un nouveau film est en préparation et son réalisateur a déjà été annoncé

Commentaires

Connexion

20 Commentaires

Le plus ancien

Le plus récent Le plus populaire

Commentaires en ligne

Afficher tous les commentaires

Evil Dead Rise : critique d'un nouveau délire gore (23)

Mouais

il y a 1 année

Très déçu par ce remake malgré une grande générosité lors de certaines scènes, vous avez abordés tout les points négatifs dans votre critique, mais je trouve la note globale généreuse de votre part !
Et bordel j’attendais la gamine en deadite, quelle frustration !

Répondre

Evil Dead Rise : critique d'un nouveau délire gore (24)

sylvinception

il y a 1 année

«Dix ans presque tout pile après le g(l)orieux remake»…
C’est de l’humour ??
Ah ben non, on est sur Ecran Large, suis-je bête!!

Répondre

Evil Dead Rise : critique d'un nouveau délire gore (25)

Rorov94m

il y a 1 année

A voir sur le net,:
Un spectateur-fan qui insulte copieusem*nt l’équipe du film (à raison)
après l’avant 1ère.
Du p’t*t lait…

Répondre

Evil Dead Rise : critique d'un nouveau délire gore (26)

Kyle Reese

il y a 1 année

J’ai adoré le premier remake, j’hésite vraiment.

Répondre

Evil Dead Rise : critique d'un nouveau délire gore (27)

Max04

il y a 1 année

Le remake d’Alvarez était très très bon. Plus une relecture qu’un réel remake d’ailleurs, loin de l’esprit tordu et débridé de Sam Raimi, il avait pour lui une ambiance bien malsaine et de bons effets gores. J’espère que celui-la sera du même niveau

Répondre

Evil Dead Rise : critique d'un nouveau délire gore (2024)
Top Articles
Latest Posts
Article information

Author: Msgr. Refugio Daniel

Last Updated:

Views: 6544

Rating: 4.3 / 5 (74 voted)

Reviews: 89% of readers found this page helpful

Author information

Name: Msgr. Refugio Daniel

Birthday: 1999-09-15

Address: 8416 Beatty Center, Derekfort, VA 72092-0500

Phone: +6838967160603

Job: Mining Executive

Hobby: Woodworking, Knitting, Fishing, Coffee roasting, Kayaking, Horseback riding, Kite flying

Introduction: My name is Msgr. Refugio Daniel, I am a fine, precious, encouraging, calm, glamorous, vivacious, friendly person who loves writing and wants to share my knowledge and understanding with you.